L'Avenir en commun

Retrouvez ce passage à la page 11* du livre-programme de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon, publié aux éditions du Seuil et trouvable dans toutes les librairies au prix de 3 €.

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* dans l'édition de décembre 2016, ISBN : 978-2-02-131751-0

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Texte lu par Jean-David


Introduction de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à l'élection présidentielle

Notre pays est neuf. L'urbanisation accélérée et le métissage de sa population depuis un siècle, l'élevation fantastique du niveau d'éducation de son peuple, la mise en œuvre des conquêtes sociales l'ont métamorphosé ! Notre pays est jeune : sa population sera bientôt la première en Europe. Notre pays est puissant : son économie compte parmi les premières du monde. De tout cela que faisons-nous à l'heure où l'humanité entière doit relever les plus grands défis collectifs du fait du dérèglement climatique et de la menace d'épuisement qui pèse sur l'écosystème ? Regardons-nous : le pays est défiguré par le chômage, la pauvreté, le productivisme le plus aveuglé, et les communautarismes fielleusement entretenus ! Pillé et démoralisé, il est rendu incapable de déployer son formidable potentiel humain, technique et culturel. La finance, la cupidité, les préjugés de classe, le sexisme et le racisme ordinaires pourrissent tout.

Quel genre de pays sommes-nous devenus au bout de trente ans de gâteries aux puissants jamais rassasiés ? Le nombre des millionnaires augmente, mais ses millions de salariés, ouvriers, employés, ses paysans se désespèrent, ses retraités peinent à boucler les fins de mois ! Des centaines de milliers de familles travaillent dur et sont devenues pauvres, ses diplômés vivent dans la précarité ! Les suicides des salariés s'ajoutent aux centaines de morts annuels sur le poste de travail. Voici les seniors jetés au chômage dans l'attente d'une retraite sans cesse repoussée ! Les classes moyennes s'enfoncent dans la gêne. Jusqu'aux artisans, commerçants, chefs de petites entreprises qui enragent quand la finance déserte la production réelle, vide les carnets de commandes, ubérise tout, et ponctionne un pesant impôt privé à coups d'intérêts ou d'agios sur la moindre transaction.

Quel genre de valeurs domine notre pays quand ses enseignants et ses personnels de santé sont si mal payés et si maltraités au travail ? Où est la République quand l'État a honte de lui-même ? Quand ses serviteurs sont traités comme des parasites encombrants ? Quand ses services publics délabrés ne tiennent plus que par l'acharnement au travail de leurs salariés ? Quand la désorganisation territoriale met les populations en concurrence et éloigne toujours plus les citoyens du pouvoir ? Quel est ce pays désormais livré aux abus de l'état d'urgence ? Quelle infamie quand des salariés sont destinés à la prison pour avoir défendu leur emploi ! La liste de ces hontes est longue. Je crois qu'on peut en finir avec tout cela.

Notre peuple a le goût du futur. Les nouvelles générations, comme les autres avant elles, vibrent du même désir d'avoir une vie digne de leurs espérances.

Notre pays déborde d'énergie et de savoir-faire. Il est aux avant-postes des domaines les plus avancés de l'esprit humain. Il regorge de bonnes volontés, d'envie de se rendre utile, d'imagination et de capacité de création. Sa langue est en usage commun dans 29 pays du monde et elle formera le troisième groupe de locuteurs d'ici peu. Avec ses 35 frontières, si la France développe son identité universaliste, elle peut coopérer directement avec les peuples de tous les continents. Si elle se rend indépendante, elle peut contribuer en première ligne à la paix du monde. N'est-ce pas terriblement urgent face à la menace montante de guerre généralisée ?

Vous avez entre les mains un programme conçu pour répondre positivement aux défis de notre temps. Ce programme a été préparé sur de longs mois de travail collectif. Mais, au-delà même des milliers de personnes qui l'ont mis en forme, sachez qu'il emprunte aussi très largement aux travaux des associations, des syndicats et des collectifs citoyens. Car, depuis des décennies, ceux-ci ont maintenu éveillées les consciences et mené l'action de terrain que la caste des puissants a toujours méprisée. Ce programme a une cohérence. Un fil commun relie ses chapitres et les mesures qui le composent. J'en résume rapidement les aspects. À nos yeux, l'urgence écologique, le désastre social et le délabrement de la démocratie sont les trois visages d'une même réalité. Nous étouffons sous le règne de la finance. Elle gouverne le monde avec sa cupitidé insatiable, sa certitude absurde que les intérêts particuliers sont seuls légitimes, que tout peut s'acheter et tout peut se vendre, que le libre-échange des marchandises et la circulation sans contrôle des capitaux sont les meilleurs organisateurs de toutes les activités humaines. Voilà bien ce qui détruit la planète et les êtres humains. Et pire que tout, le règne de la finance détruit cette formidable capacité des êtres humains à coopérer entre eux pour résoudre leurs problèmes, ce que nous nommons démocratie.

C'est pourquoi la priorité pour nous c'est de donner le pouvoir, tout le pouvoir, au peuple, c'est-à-dire à la communauté humaine, parce qu'elle est la mieux placée pour s'occuper de son intérêt général. Le peuple souverain doit définir lui-même ses règles de fonctionnement politique. La monarchie présidentielle doit être abolie. La convocation d'une assemblée composée de gens qui n'ont jamais été élus au Parlement auparavant pour écrire une nouvelle Constitution est l'acte fondateur par lequel nous commencerons le prochain quinquennat. Vous lirez les propositions que nous faisons pour que le peuple, après cela, garde sa capacité d'initiative, tout en garantissant la nécessaire stabilité des institutions. Pendant que cette Assemblée constituante fera son travail, tout le reste du programme commencera à être mis en œuvre.

Avec la planification écologique, nous organiserons le changement global de notre façon de produire, d'échanger et de consommer, pour mener une vie en harmonie avec la nature dont nous sommes partie prenante. Cette organisation est nécessaire pour passer à l'agriculture paysanne, développer l'économie de la mer, substituer 100 % d'énergie renouvelable et sortir méthodiquement du nucléaire. 300 000 emplois dans l'agriculture, 300 000 dans l'économie de la mer, 900 000 pour la transition énergétique, c'est beaucoup d'emplois qualifiés à pourvoir. Il faudra donc répondre à un fort besoin d'enseignement professionnel et de qualification à haut niveau. Cela prouve que le progrès humain est la clef du progrès écologique et de l'activité économique. La culture, les sciences, le sport, tout ce qui augmente, protège ou répare les capacités proprement humaines est le moteur du nouveau modèle que nous proposons. Nous récusons la violence crue généralisée que le système actuel fait subir à tous les êtres sensibles, humains et animaux. Nous nous donnons les moyens d'une société en pleine conscience de sa participation à tous les aspects de la vie de la planète.

C'est pourquoi nous voulons que la France soit une nation universaliste, qu'elle soit avant tout un facteur de paix, alors que se précise la marche vers une guerre généralisée. Pour cela notre pays doit conquérir son indépendance, sortir de la coalition militaire agressive qu'est l'Otan, afin d'agir pour construire une nouvelle alliance altermondialiste des peuples et peser de tout notre poids pour créer un monde ordonné autour de la communauté des nations qu'incarne l'Onu, en dépit de ses défauts. Plutôt qu'à la guerre et aux compétitions, c'est aux coopérations que nous voulons nous consacrer. Notre priorité doit être de nous tourner vers les frontières de l'humanité et d'y apporter notre contribution active : la mer, l'espace, les mondes du numérique. Là encore l'expansion humaine doit entrer dans une phase de pleine responsabilité et de prise de conscience des enjeux du long terme !

Rien de tout cela n'est possible sans une profonde et méthodique réorganisation de l'usage et de la répartition des richesses produites. Qu'est-ce qu'une richesse ? Cela doit être repensé et agir contre les abus de l'obsolescence programmée, des incitations à un consumérisme irresponsable et à un mode d'alimentation nocif. Une société plus égalitaire est nécessaire non seulement pour donner à chacun les moyens de développer son potentiel personnel, mais aussi pour en finir avec un modèle d'arrogance, d'accumulation et de consommation ostentatoires, aussi nuisibles et immorales que ridicules. Un barème d'impôt progressif étalé sur quatorze tranches, une échelle des salaires limitant l'écart de un à vingt au maximum, le partage du temps de travail libéré par les progrès de l'automatisation et de l'intelligence artificielle, réparti dans la semaine, le mois, l'année et dans la durée de la vie professionnelle, la limitation du droit du capital en fonction de la durée de son investissement, la définition d'une véritable citoyenneté dans l'entreprise, le droit de préemption des salariés pour acquérir en coopérative leur entreprise : voyez vous-même au fil des pages comment nous avons pensé la transition vers une société plus douce et donc plus égalitaire dans ses rapports sociaux.

Pour cela, il faut balayer la caste qui a capté le pouvoir. Il est grand temps de réparer les dégâts de la sombre période que nous venons de vivre. Nos vies ne doivent plus être dominées par le règne du temps court, le patriarcat, la peur du lendemain, la guerre de chacun contre tous et l'abrutissement publicitaire. Le progrès humain peut devenir notre boussole.

Il faut pour cela changer le cadre fondamental dans lequel la France agit. Les traités européens nous retirent toute liberté d'action. Devant la décomposition de l'Union européenne et ses brutalités croissantes contre la démocratie, devant son obstination à opposer entre eux les salariés des pays membres en refusant toute harmonisation sociale et fiscale, et contre ses propensions belliqueuses, tout commence par la reconquête de notre indépendance. Cette Europe-là, soit on la change (plan A), soit on doit la quitter (plan B). Et c'est par là que tout commencera.

Loin du déclinisme, épousant le goût des grandes épopées collectives de notre histoire, notre projet est celui d'une France insoumise et fière de l'être, au service de l'avenir en commun des êtres humains.

Jean-Luc Mélenchon